Dans les entrailles parisiennes, visite du musée des égouts de Paris

Dans les entrailles parisiennes, visite du musée des égouts de Paris

Affiche promotionnelle de l'événement
Photo d'un égout de Paris

Le 7 avril 2018, Pont de l’Alma, par un après-midi chaud et ensoleillé, 19 des membres de l’association décident de fuir la lumière pour plonger dans l’environnement frais et humide des égouts de Paris à la rencontre de ces réseaux de collecte et de transport d’eaux usées et pluviales qui parcourent le sous-sol parisien.

Après s’être accommodé de l’odeur de décomposition qui y règne, familière pour les professionnels de l’assainissement mais difficile pour les non-initiés, notre groupe progresse dans ces grandes galeries aménagées de ce musée un peu particulier.

Un mannequin d’égoutier nous accueille au début de la visite, il nous permet de se rendre compte des conditions d’accès difficiles aux égouts pour ceux qui en ont fait leur métier. Entre sécurité et hygiène, les risques et les dangers sont nombreux dans ce milieu insalubre.

Plus tard, lors de la visite, nous découvrirons que depuis la création des égouts de Paris, ce sont des générations entières d’égoutiers qui se sont parfois succédé à la tâche difficile d’entretenir les boyaux parisiens.

Une maquette nous permet de découvrir le fonctionnement de l’assainissement parisien de l’évacuation des appartements haussmanniens.

Tout d’abord collectés dans des branchements en galerie qui relient les immeubles à l’égout principal, ou collecteur, de la rue, les effluents rejetés par les parisiens continuent leur parcours d’égouts en égouts de tailles qui s’agrandissent progressivement. Ces différents égouts sont gérés par la ville de Paris via leur Service Assainissement et Propreté (SAP). Le parcours se termine dans de gros émissaires gérés par le Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement de l’Agglomération Parisienne (SIAAP).

Grue de curage sur treuil dans un égout
Les rats, habitants des égouts

Au détour du parcours d’un ouvrage, nous découvrons également un aspect particulier des égouts qui peuvent parfois servir véritable galerie technique où cheminent des réseaux d’eau potable, d’eau brute (non-potable et utilisée pour nettoyer les routes), d’éclairage public, de gaz ou d’électricité.

Tout au long de notre parcours, des modèles d’exposition nous montrent l’évolution des moyens d’entretien des égouts. Entre les impressionnantes boules de curage, les énormes bateaux guidés par des rails, on devine les défis techniques imposés par les ouvrages souterrains de la ville de Paris. L’entretien de ces galeries se fait principalement par des lâchés d’eau via des énormes réservoirs situés dans les regards de visites accessibles sous les plaques d’égouts.

Eugène Belgrand

Pour conclure la visite, une présentation de l’historique de la création des égouts de Paris nous permet de nous rendre compte que de tout temps, les habitants de Paris ont cherchés à éloigner leurs rejets d’eaux usées de leurs habitations.

De la création de caniveaux ou rigoles centrales d’évacuation mise en place en 1200 par le roi Philippe Auguste au premier égout voûté et maçonné construit en 1370 dans la rue de Montmartre, les techniques de collecte et d’évacuation n’ont cessées d’évoluer. C’est finalement à Eugène Belgrand et au baron Haussmann que l’on doit la généralisation des égouts à Paris dans les années 1800.

Après avoir parcouru ces différentes galeries de toutes tailles et formes, nous arrivons au terme de la visite conclue par une belle photo souvenir. De retour à la surface ensoleillée, nous nous quittons sur un dernier verre avec la promesse de prochains beaux événements !

Jamel AS

Rédacteur

Etienne D.

Photographe

Le nouveau BTS Métiers de l’Eau

Le nouveau BTS Métiers de l’Eau

Coefficients du nouveau BTS Métiers de l'Eau

2018

Coefficients de l'ancien BTS Métiers de l'Eau

1992

Repères chronologiques

Le BTS Métiers de l’eau a été créé par l’arrêté du 30 juillet 1992 « portant création et définition du brevet de technicien supérieur Métiers de l’eau et fixant les modalités de la formation sanctionnée par ce diplôme ».

25 années ont passé et plusieurs milliers d’étudiants et d’apprentis ont décroché le BTS Métiers de l’eau, sans oublier les professionnels qui ont bénéficié de la VAE (Validation des acquis de l’expérience). Il n’y a pas eu de changement significatif dans la définition officielle des enseignements et des épreuves. Et pourtant, en 25 ans, le métier a évolué !

Depuis un peu plus de cinq ans, des professionnels et des enseignants ont exprimé le souhait de moderniser le BTS et d’intégrer des compétences devenues incontournables. Un groupe de travail a donc été chargé d’élaborer un projet de référentiel pour le nouveau BTS Métiers de l’eau.

Ce projet a reçu l’avis favorable de la 6e Commission professionnelle consultative (qui se prononce sur les diplômes des secteurs chimie – bio-industries – environnement), du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche et du Conseil supérieur de l’éducation.

La dernière étape sera l’adoption officielle du nouveau référentiel par le ministre de l’Éducation nationale.

Méthodologie de la rénovation

Le groupe de travail en charge de la rénovation du BTS Métiers de l’eau est formé de professionnels, d’enseignants et d’inspecteurs.

Le nouveau référentiel est le fruit de la démarche suivante :

  1. Enquête auprès de professionnels et de jeunes diplômés.
  2. Rédaction du référentiel d’activités professionnelles : activités et tâches exercées par le titulaire du BTS, regroupées en quatre fonctions.
  3. Rédaction du référentiel de certification : compétences nécessaires et savoirs associés, regroupés en quatre domaines de compétences.
  4. Organisation de la formation : grille horaire, stages et projet technique.
  5. Modalités de certification : définition des épreuves ponctuelles (à la fin de la 2e année) et des épreuves en CCF (contrôles en cours de formation).

Les stages, le projet technique et l’accompagnement

Calendrier prévisionnel du nouveau BTS

Caractéristiques du lieu de stage

Le nouveau référentiel précise que « le secteur de l’eau regroupe toutes les activités du cycle de l’eau, depuis le captage jusqu’au rejet dans le milieu naturel en tenant compte des contraintes réglementaires et environnementales. Les principales activités sont :

  • les études d’environnement et d’ingénierie de procédés et de conception d’installations ;
  • les forages ou captages, le transport, le stockage ;
  • la conception et la construction d’installations de dépollution, de traitement pour la production d’eau potable et d’eau de process ;
  • la construction de matériels destinés aux industries et entreprises du cycle de l’eau ;
  • le traitement, le transport et la distribution de l’eau destinée à la consommation ;
  • le traitement, le transport et la distribution de l’eau sur sites industriels ;
  • la collecte, le transport et le traitement des eaux usées et des eaux pluviales ;
  • la construction d’équipements d’assainissement non collectifs
  • l’utilisation de l’eau non potable dans l’habitat.»

Stage de première année : 5 à 6 semaines

« La recherche du lieu de stages s’effectue durant la première année de formation. Elle est de la responsabilité de l’étudiant. »

Les objectifs du stage de première année sont la découverte de la structure d’accueil, la participation aux activités de la structure d’accueil et l’identification du thème du projet technique.

Stage de deuxième année : 6 à 7 semaines

« L’objectif est de réaliser les deux stages dans la même structure d’accueil. En cas d’impossibilité majeure laissée à l’appréciation de l’établissement de formation, le stage de seconde année peut se dérouler dans une autre structure d’accueil. »

L’objectif du stage de deuxième année est la mise en œuvre du projet technique.

Projet technique

Le projet technique se prépare tout au long de la deuxième année, sur un thème identifié lors du stage de 1re année. Le projet technique se fait dans un contexte professionnel réel et prend en compte la dimension qualité, santé et environnement (QSE).

L’étudiant tient un cahier de bord. La mise en œuvre du projet technique au sens strict a lieu pendant le stage de 2e année

Un rapport de 20 pages maximum (hors annexes), qui « décrit le contexte scientifique, technologique, économique et managérial et intègre la dimension QSE » est soutenu devant un jury.

Accompagnement

En première année, 2 heures par semaine sont consacrées à l’Accompagnement personnalisé (objectif : soutien, approfondissement et aide à l’orientation).

En deuxième année, 2 heures par semaine sont consacrées au Tutorat de projet technique (objectif : préparation du projet technique et rédaction du rapport).

Définition du projet technique

Tout au long de la seconde année de formation, les étudiants doivent mener un projet technique avec prise en compte de la dimension Qualité, Santé et Environnement (QSE).

Ce projet a pour objectifs :

  • de mobiliser, chez les étudiants, les savoirs scientifiques, technologiques, économiques et managériaux acquis durant la formation ;
  • de développer leur capacité de réflexion autonome et leur compétence à collecter et exploiter les informations utiles à la réalisation du projet ;
  • de concevoir et mettre en œuvre des activités pratiques pour obtenir des résultats dont l’exploitation permettra de répondre à un thème d’étude prenant en compte une politique QSE ;
  • d’améliorer, d’optimiser, de valider soit par le pilotage, soit par la conception, le fonctionnement d’une opération, d’une unité de production ou de traitement, d’un réseau dans le respect de la politique QSE.

Les travaux seront conduits individuellement et aboutiront à :

  • la définition du thème d’étude ;
  • l’analyse des différents éléments relatifs au projet dans toutes les dimensions, notamment la dimension QSE ;
  • la production de solutions ou de résultats ;
  • une argumentation et une conclusion.

Ils donneront lieu à :

  • la tenue d’un cahier de bord numérique ;
  • la rédaction d’un rapport ;
  • une soutenance devant jury.

Un thème d’étude du projet technique est identifié lors du stage de première année.

Le choix de ce thème doit se faire dans un contexte professionnel réel.

Le thème d’étude doit être élaboré en collaboration entre l’équipe pédagogique et les responsables de la structure d’accueil. Il est validé par l’équipe pédagogique en début de seconde année.

L’équipe pédagogique accompagne et conseille l’étudiant (tutorat de projet) quant à la délimitation du champ du thème, la recherche documentaire et le suivi du projet technique dans le cadre des heures allouées à son tutorat en seconde année.

Le projet technique stricto sensu est mis en œuvre durant le stage de seconde année.

Pour permettre la réalisation du projet technique, tant dans sa conception que dans sa mise en oeuvre, l’établissement de formation met à disposition des étudiants le matériel, les plateaux techniques, les ressources documentaires et le moyens de communication numérique.

Unc cahier de bord est établi par l’étudiant pour formaliser l’histoire du projet technique,. Il rend compte de la définition du thème d’étude, des ressources nécessaires, de la méthode et des actions menées, des problèmes rencontrés, des résultats obtenus, des actions correctives et d’une démarche de prévention des risques. Il présente un plan d’actions, et ses éventuelles évolutions, pour mettre en oeuvre le projet durant le stage.

Un rapport au format numérique de 20 pages maximum, hors documents annexes, décrit le contexte scientifique, technologique, économique et managérial, et intègre la dimension QSE.

Il est composé :

  • de la présentation du service dans lequel s’est déroulé la mise en oeuvre du projet technique et de la structure d’accueil (entreprise, collectivité territoriale …) ;
  • de la présentation du thème d’étude du projet technique et de la démarche suivie ;
  • du projet technique développant ses aspects scientifiques, technologiques, économiques et managériaux.

La soutenance du projet technique comprend :

  • une présentation orale s’appuyant sur un support numérique ;
  • un entretien avec le jury.

Le rapport et la soutenance sont l’objet d’une évaluation par la sous-épreuve E41 « Projet technique et démarche QSE ». Les critères d’évaluation sont présentés dans la définition de cette épreuve.

Extrait du projet de référentiel de la nouvelle version du BTS Métiers de l'Eau

Les enseignements dans le nouveau BTS

Une prise en compte des évolutions du métier

Des enseignements font leur apparition ou sont renforcés, notamment :

  • le système d’assurance qualité ;
  • la démarche de prévention des risques ;
  • la gestion commerciale ;
  • la communication dans l’entreprise et le management d’équipes ;
  • le cahier des charges, les prestations ;
  • l’évaluation technico-économique ;
  • l’utilisation d’outils informatiques (SIG, modeleur 3D…).

Une réorganisation des enseignements en quatre grandes fonctions

Les disciplines de spécialité de l’ancien BTS s’effacent.

Elles sont remplacées par les quatre « fonctions » du référentiel d’activités professionnelles :

  • F1/ Exploitation : Exploitation des installations de traitement et des réseaux ;
  • F2/ QSE : Qualité, sécurité et environnement ;
  • F3/ Relations : Relations professionnelles et encadrement d’équipes ;
  • F4/ Conception : Conception des unités de traitement et des réseaux.

Chacune des quatre fonctions pourra être enseignée par plusieurs professeurs de différentes disciplines (Sciences physiques, Biochimie, Economie-Gestion).

Les épreuves du nouvel examen

Ce qui disparaît …

  • Les épreuves écrites de Mathématiques, de Physique-Chimie et Langue Vivante 1 sont remplacées par une évaluation par CCF (contrôle en cours de formation) ;
  • L’épreuve écrite de Biologie – Biochimie – Microbiologie disparaît.

Ce qui est globalement conservé…

  • L’épreuve écrite de Culture générale est maintenue
  • L’Étude de cas de 4 heures est maintenue, pour évaluer la fonction F1/Exploitation
  • L’Épreuve pratique de 8 heures est maintenue, pour évaluer la fonction F1/Exploitation
  • Un seul rapport de stage (au lieu de deux) est rédigé et soutenu pour évaluer la fonction F2/QSE

Ce qui est tout neuf…

  • Un oral pour évaluer la fonction F3/Relations professionnelles
  • Une épreuve pratique de 7 h pour évaluer la fonction F4/Conception
Tableau des matières évaluées

Etienne D.

Journées Portes Ouvertes, une visibilité pour valoriser notre formation

Journées Portes Ouvertes, une visibilité pour valoriser notre formation

Le 3 février 2018 ont eu lieu les journées portes ouvertes au lycée Pierre-Gilles de Gennes (ENCPB).

Dans l’atmosphère familière du laboratoire des Métiers de l’Eau, Christine, Nathalie, Étienne et Jamel, membres de l’association, ont accueillis de nombreux étudiants en quête d’orientation post-bac.

Autour de 7 fiches métiers, supports créés par l’association, les différents métiers présents dans le domaine de l’eau ont pu être présentés. De l’eau potable à l’assainissement, du commercial au contrôle qualité, la constellation de métiers est vaste et variée.

Les étudiants présents ont d’ailleurs été sensibles aux nombreux débouchés possibles après l’obtention du BTS Métiers de l’Eau notamment en termes de poursuite d’étude et de potentiel d’embauche.

L’univers de l’eau présente de multitudes opportunités dans un domaine technique en constante évolution (automatisation, nanotechnologies …) et inscrit de manière durable dans un cycle écologique et environnemental à la fois moderne et contemporain.

L’association AMEau a pour but de promouvoir l’image de notre formation de technicien experts dans le monde de l’eau, c’est pour cela que de nombreux membres sont fiers de présenter leurs métiers lors de ces événements.

Nous vous invitons à retrouver l’ensemble des fiches métiers de nos membres sur notre site internet www.asso-metiers-eau.org .

De plus, si vous êtes un professionnel de l’eau issu de la formation du BTS Métiers de l’Eau au lycée Pierre-Gilles de Gennes (ENCPB) nous vous invitons à rejoindre notre association et à créer votre fiche métier. Pour cela, n’hésitez pas à prendre contact via le formulaire de contact ci-dessous.

3 + 12 =

Jamel AS

Régie directe ou DSP ?

Régie directe ou DSP ?

En introduction

Le syndicat qui m’approvisionne en eau (le SIAEP de la région d’Angervilliers) préparait son passage en régie au moment où j’ai pris ma retraite (été 2015). J’ai donc pu accepter de participer à la mise en place de la Régie Ouest Essonne puis devenir membre de son conseil d’exploitation en tant que personnalité qualifiée.
Un peu plus d’un an après, deux points me semblent intéressants à développer :
Pourquoi choisir de passer en régie ?
Quelles conditions réunir pour que ce passage soit une réussite ?

Le SIAEP s’est constitué en 1938, regroupant 5 communes rurales. 5 autres l’ont rejoint peu après la guerre. Dès le départ, la gestion est confiée en DSP à Véolia, d’abord en concession, avec la création du premier forage et de deux grands réservoirs et la pose de la majorité du réseau, puis en affermage.

Dans les années 2000, les élus du syndicat commencent à s’inquiéter de la vétusté des installations. Ils réalisent que lors de la négociation pour le renouvellement de la DSP, la question de la gestion patrimoniale n’a pas été envisagée, malgré l’appui des services décentralisés de l’état. Dans le contrat il n’a pas été prévu de recherche de fuite, ni de linaires à renouveler, la maintenance du réseau étant interprétée par Véolia comme la seule réparation des canalisations lors de fuites apparentes. Il n’a pas été prévu non plus d’inspection des forages.

Au sein du conseil syndical, la défiance vis-à-vis de Véolia grandit avec la crainte de l’explosion du prix de l’eau à cause du coût des travaux de renouvellement. C’est un point particulièrement crucial pour les petites communes rurales pour lesquelles le rapport linéaire de canalisation / abonnés desservis est assez défavorable.
Les quelques 6000 abonnés du SIAEP sont desservis par 180 km de réseau, soit un rapport de plus de 30 m par abonné alors qu’il est de moins du mètre en agglomération.
Le coût de la rénovation du réseau risque donc de peser très lourd sur le prix de l’eau, surtout si elle n’est pas anticipée et étalée dans le temps.

Tout cela amène les élus à envisager une gestion en régie directe pour être à même de piloter les travaux et de contrôler étroitement les dépenses.
Des échanges avec des collectivités passées en régie ou n’ayant mis en œuvre que ce mode de gestion ont lieu. Et peu à peu l’idée murit.
Après les élections municipales de 2014, le nouveau conseil syndical vote le passage en régie à la fin de la DSP avec Véolia en juillet 2016. La régie de l’eau Ouest Essonne est créée en janvier 2016 et entre en fonction le Juillet 2017.

De mon expérience je conclue que le passage en régie a été motivé par un triple souhait des élus :
– Avoir une meilleure connaissance de leurs installations, trop d’informations leur échappaient lors des DSP.
– Développer une politique de gestion patrimoniale de ces installations en pilotant les évolutions nécessaires, avec un étalement des travaux dans le temps.
– Maitriser le prix de l’eau.

Le pari des élus : sécuriser la ressource et réhabiliter le réseau tout en maintenant le prix de l’eau voire en le baissant.
Ce pari est-il réalisable ? Quelles conditions faut-il réunir pour qu’une régie soit une alternative positive à la DSP ?
J’en listerais volontiers 5 :
1- Indépendance de la ressource
2- Taille suffisante pour une assise financière solide
3- Personnel assez nombreux et qualifié
4- Gestion rigoureuse des finances et des travaux
5- Etablissement de relations d’entraide et de mutualisation

1- Indépendance de la ressource, condition non nécessaire mais facilitante.

Les trois forages présents sur le territoire du SIAEP couvrent largement ses besoins en eau, tout au moins jusqu’en 2030. Il n’a donc pas besoin d’en acheter. Il est ainsi maître du coût de sa ressource et n’a pas à craindre des fluctuations du marché pour la fixation du prix de l’eau distribuée.

Toutefois l’augmentation régulière de la population et le vieillissement du premier forage (constaté lors d’une inspection télévisée commandée par la régie) font qu’il sera nécessaire de réaliser d’autres forages dans un avenir proche (d’ici une dizaine d’années).

2- Taille suffisante pour une assise financière solide

Pour que la régie puisse assurer à la fois la distribution de l’eau et la gestion patrimoniale des installations sans augmentation du prix de l’eau, il faut qu’elle puisse dégager une capacité d’autofinancement. Cela n’est possible que si le nombre d’abonnés raccordés est suffisant.
Cela semble être le cas pour la régie Eau Ouest Essonne puisque les projections financières après 6 mois de fonctionnement laissent espérer une capacité d’autofinancement supérieure à 500 000 euros par an.

La mise en œuvre de la loi NOTRe mène au regroupement des syndicats. Le 1er Janvier 2017 le SIAEP fusionné avec 3 syndicats voisins, pour donner naissance au Syndicat Eau Ouest Essonne. Un de ces syndicats est déjà en régie, les deux autres sont en DSP. On peut espérer qu’à la fin de ces contrats, ils intégreront leur territoire au territoire couvert par la Régie. Ainsi le nombre d’abonnés gérés par la régie augmentera, augmentant d’autant son assise financière.

La taille assez importante du SIAEP lui a permis aussi d’embaucher du personnel qualifié en nombre suffisant pour assurer un bon fonctionnement de la régie, sans que le coût salarial ne pèse trop lourd dans le budget (un peu plus du tiers du budget de fonctionnement). Une partie de ce personnel va apporter sa compétence au nouveau syndicat pour aider les élus à suivre les DSP en cours.

3- Personnel nombreux et qualifié

C’est évidemment une condition qui doit être impérativement satisfaite
– pour qu’un maximum de taches soit effectué en interne et que le recours aux prestations de services, dont les tarifs sont difficilement négociables, soit réduit au minimum :
– pour que le dialogue avec les intervenants extérieurs soit équilibré, l’intervenant interne ayant les connaissances et l’expérience nécessaires pour apprécier la valeur des arguments qui lui sont présentés ;
– pour que les élus puissent en confiance appuyer leurs décisions sur des dossiers solidement argumentés.

Le coût salarial de ce personnel sera minimisé à terme grâce aux économies permises par une politique judicieuse d’investissement et au faible recours aux prestations de service, comme par exemple pour la réalisation en interne de la facturation et des nouveaux branchements au réseau, activité importante dans notre périmètre où les constructions nouvelles sont nombreuses.

Pour que ce personnel soit efficace, il faut lui créer des conditions optimales de travail : locaux, véhicules, matériels, logiciels…
L’investissement initial est donc important et doit donc être budgété en amont de la mise en route de la régie. C’est ce que le SIAEP a fait sur son budget 2015 :
– construction de locaux,
– achat de matériels, de véhicules, d’ordinateurs, de logiciels…
– recrutement progressif du personnel et sa formation aux logiciels métier
Les investissements continuent en 2016 pour l’équipement du réseau et pour l’achat du matériel nécessaire au remblais/déblais lors des branchements au réseau.

La régie étant un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial), le recrutement du personnel est possible soit par le biais de mutation pour les agents de la fonction publique territoriale en poste au syndicat avant le passage en régie, soit par le biais de contrats de droit privé pour le personnel nouveau.
Le SIAEP n’a eu aucun problème pour recruter deux ingénieurs (issus de formation ou du secteur public) et quatre agents venant de Véolia et de Suez. Ils sont associés à une équipe administrative de quatre personnes assurant la création et la gestion du fichier clientèle, la facturation et la relation avec les abonnés.

4- Gestion rigoureuse des finances et des travaux

C’est évidemment un point névralgique.

Un des arguments politiques de la remunicipalisation du service de l’eau est de réduire le montant des factures des abonnés. Cet objectif n’est pas forcement immédiatement atteignable.
Si, effectivement, la régie n’a pas à faire de bénéfices et n’a pas d’actionnaires à honorer, elle ne peut pas non plus faire les économies d’échelle qui sont réalisables dans les grandes structures industrielles, telles Suez ou Véolia.
D’autre part, dans le cas précis du SIAEP, la régie va assurer tout un ensemble de tâches et de travaux qui n’était pas prévus dans le précédent contrat de DSP : recherche de fuite, renouvellement de linéaires, meilleures télégestion et cartographie, etc…

C’est pourquoi, dans un premier temps, le prix de l’eau n’a été réduit que de façon symbolique lors du passage à la régie (économie de 7 euros pour une facture annuelle de 300), sur la base d’un budget prévisionnel prudent.
Le bilan financier des 6 premiers mois de fonctionnement nous permet d’estimer notre capacité d’autofinancement. Il nous reste à achever l’état des lieux complet du réseau pour connaitre le niveau d’urgence des travaux et envisager leur échelonnement. On pourra alors établir au plus juste le budget 2018 et prévoir ceux des 10-15 ans à venir, et donc fixer le prix réel de l’eau du syndicat.

En plus du fonctionnement normal de la régie (maintenance des forages et du réseau, réalisation des branchements neufs, facturation…) de nombreuses tâches doivent être menées à bien :
– pour une meilleure connaissance des installations : mise en place d’un SIG ;
– pour une gestion plus efficace : mise en place de nouveaux capteurs et automates et d’une supervision performante permettant un pilotage à distance ;
– pour l’amélioration du rendement de réseau : mise en place d’une sectorisation permettant d’identifier les secteurs les plus fuyards et aider à la planification du renouvellement du réseau ;
– pour fiabiliser la ressource : faire le bilan complet des deux forages datant des années 80, prévoir le remplacement du premier forage des années 40 qui est en fin de vie et éventuellement en créer un supplémentaire pour faire face au développement démographique du périmètre du syndicat ;
– pour améliorer la relève des compteurs et optimiser la réactivité du service par la mise en place de la télérelève ou de la radiorelève.

Tous ces travaux ne pourront être menés de front. Il faut les hiérarchiser et prévoir qu’à tout moment des canalisations en mauvais état (une grande partie du réseau a plus de 80 ans) peuvent céder, nécessitant d’importants et couteux travaux de remplacement.
L’essentiel des travaux du conseil d’exploitation dans les mois qui viennent porte sur cette planification qui conditionnera la réussite de la régie. Il nous faut définir très précisément quels sont les objectifs prioritaires à atteindre pour définir la stratégie à mettre en œuvre et établir le premier plan quinquennal de travaux. Le directeur de la Régie et son ingénieure hydrogéologue ont un rôle crucial pour le choix des cabinets de conseil, l’interprétation des dossiers fournis et la recherche de subventions.

La réflexion des élus du syndicat est ainsi aidée par le conseil d’exploitation et par les responsables de la régie, dont les compétences et l’investissement sont indispensables pour la réussite du pari : réhabiliter et améliorer les installations tout en maintenant, voire en réduisant à terme, le prix de l’eau.

5- Etablissement de relations d’entraide et de mutualisation

Les élus du SIAEP ont su s’appuyer sur les expériences d’autres régies et ainsi planifier la mise en route de la régie dans des conditions optimales.

Ces échanges avec des régies voisines ont permis d’envisager des mises en commun de matériel, des achats groupés, des recrutements conjoints de personnel très qualifié…
Une convention de partenariats a été signée avec le SIAEP de la Région d’Ablis, qui est en régie directe depuis sa création. Cette convention est prolongée par le nouveau syndic at Ouest Essonne Elle permettra des économies et améliorera l’efficacité de notre régie.
Autant d’arguments en faveur de la réussite de la régie !

Ainsi il me semble que le SIAEP a su créer sa régie de façon optimale.
Il lui faut maintenant choisir la bonne stratégie dans les investissements pour la rendre performante tout en réhabilitant ses infrastructures vieillissantes et en sécurisant sa ressource.
C’est un projet à long terme, couvrant plus d’une décennie.
Il aurait pu être confié à une société extérieure par le biais d’une nouvelle DSP. Mais il est très vraisemblable que le prix de l’eau ainsi négocié aurait fortement augmenté à court ou moyen terme du fait de l’ampleur des travaux à effectuer, d’autant que les élus n’auraient pas eu les moyens financiers pour s’entourer d’une équipe solide, capable de les aider dans les négociations et le suivi des chantiers.

Le choix du passage en régie n’est donc pas –et ne doit pas être- une simple tactique politicienne, un argument électoral promettant une baisse spectaculaire (et momentanée) du prix de l’eau. Il répond au besoin des élus à maitriser les dépenses tout en ayant une connaissance complète de leurs installations.
Cela demande aux membres du conseil syndical, et particulièrement à ceux du bureau et du conseil d’exploitation, un investissement en temps pour l’étude des dossiers bien plus grand que dans le cadre d’une DSP.

On peut donc considérer que si la régie arrive à atteindre ses objectifs techniques sans augmentation du prix de l’eau, hors inflation, les élus auront tenu leur promesse qui est l’engagement d’assurer à la population présente et à venir de son périmètre la distribution d’une eau en quantité et en qualité satisfaisante au prix le plus juste. Le choix de la régie plutôt qu’une nouvelle DSP sera justifié.

Joëlle G.

Joëlle G.